Carnet

Polynésie francaise

Carnet de voyage en Polynésie francaise
Retour des gambiers
Je suis de retour à Tahiti après une semaine passée dans les îles Gambiers. C'est à 1300 km au sud-est de Tahiti. Après y'a plus rien, c'est l'Antarctique. Il y a 7 petites îles ceinturées par un immense lagon et un petit millier de personnes vivent dans ce bout du monde. Les Gambiers ont eu l'immense honneur d'être la terre habitée la plus proche de Mururoa. Pendant 20 ans ils se sont tout pris dans la figure. Nous avons réussi à trouver pas mal de témoignages de "rescapés". Depuis que Gaston Flosse n'est plus au pouvoir, la parole se libère et c'est assez édifiant. Passons sur le fait qu'ils ont tous des cancers de la thyroïde. La version officielle de l'armée aujourd'hui est qu'il n'y a aucun rapport entre cancers et essais nucléaires. En effet notre bombe était ... "propre", aucun danger!! On est prié de ne pas rire. Elle était tellement propre que les militaires ont demandé en 1966 à la population des Gambiers de fournir Mururoa en légumes et fruits, puis après le premier tir, ils ont brutalement arrêté de s'approvisionner là-bas, laissant les agriculteurs locaux un peu dubitatifs. Même chose avec les pêcheurs. Les milliers de poissons retrouvés morts dans le lagon 2 jours après chaque essai n'étaient qu'un malencontreux hasard.
Mais ne jetons pas la pierre à nos amis galonnés. Ils savaient aussi s'occuper des autochtones. Au nom des valeurs humanistes de la France éternelle ils ont quand même construit aux Gambiers un magnifique abri antiatomique destiné à la population. Juste pour le cas "très improbable" où le vent tournerait et rabattrait le nuage radioactif vers les zones habitées. Cet abri existe toujours. C'est un magnifique hangar en... tôle ondulée! Curieusement lors des tirs, les militaires ne se mêlaient pas à la population mais se rendaient de l'autre côté de l'île dans un autre abri destiné à leur seul usage. Celui-ci a des murs en béton d'un mètre d'épaisseur, recouverts par des plaques de plomb et totalement étanche. No comment !
Bon à part ça, c'est quand même très sympa les Gambiers. C'est un des rares endroits où il y a des vestiges historiques encore debout. Surtout des églises, dont la plus ancienne date de 1740. Les premiers missionnaires français du Pacifique ont atterri là-bas. Les gens sont d'une gentillesse incroyable. Il faut dire qu'ils ne sont pas trop stressés par le tumulte de la vie moderne.
La capitale s'appelle Rikitea et compte à peu près 200 maisons étalées le long d'une unique rue en terre. Il y a trois petites supérettes où l'on peut acheter des chips, du coca cola et des boîtes de conserve. Impossible de trouver le moindre journal, sauf le mardi quand l'avion hebdomadaire arrive. Il amène quelques exemplaires de "la dépêche de Tahiti"... du mardi uniquement!
Il y a une petite école primaire très dynamique, mais à 12 ans les enfants doivent partir en pension à Hao (700 kms) et ne revoient leur famille que 2 fois par an. Le taux d'échec scolaire explose à ce moment là.
Il n'y a pas de médecin. Seul un infirmier tournant vient de temps en temps faire ce qu'il peut. En cas de gros problèmes il faut déclencher une évacuation sanitaire sur Papeete. On est prié de ne pas trop perdre son sang, l'avion met 4 heures pour venir et autant dans l'autre sens. Les femmes enceintes doivent également aller accoucher à Papeete. Il faut donc prendre l'avion 2 mois avant le terme, attendre toute seule loin de sa famille dans une chambre d'hôpital. Faire ce qu'on est venu faire. Attendre à nouveau 2 mois avant de rentrer. En général à leur retour elles découvrent une autre femme dans leur lit.
Passons sur les problèmes d'alcoolisme qui touchent tout le monde. Ca met en général un peu d'ambiance le Samedi soir. Surtout si le cargo mensuel est arrivé la veille en déversant ses tombereaux de pack de bière. Alors la Hinano coule à flot et en général ça se termine en bagarre. De toute façon le lendemain tout le monde va à la messe se faire engueuler par le curé et s'est vite oublié. Les 4 gendarmes de l'île ne se plaignent pas de ces élans éthyliques ça leur donne un peu de travail. Surtout ça les change de la traque au Pakalolo (le cannabis local). Il n'est pas rare de les voire sortir de la jungle couverte de boue et trempée de sueur après une grande opération anti-paka. Bredouille une fois de plus, sous le regard goguenard des habitants qui en cultivent à peu près tous dans leur jardin.
Bref, la vie n'est pas toujours rose dans ces îles paradisiaques. Le mythe de l'île perdue au milieu du pacifique en prend un coup.
Je dois avouer que j'étais bien content d'aller là-bas pour travailler comme un sourd, parce que en touriste… ? ? Y'a quand même pas grand chose à faire. Pas un troquet, pas une mobylette … rien ! A moins d'adorer rôtir 12 h par jour sur la même plage. L'eau a beau être turquoise elle n'est qu'à 22 degrés. Ne riez pas, ici c'est froid et ma petite peau fragile ne se risque plus dans ces températures polaires. On va quand même pas vivre sur un caillou au milieu du Pacifique pour se retrouver dans une eau digne d'un mois d'Août à Palavas. Non mais !
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