Carnet

Inde

Carnet de voyage en Inde
Inde du Nord en 1999 par Julien
Mercredi 1 septembre
Le jour vient de se lever, il est 7 h30. J’ai peu dormi mais me lève pourtant sans problème. Les vacances commencent aujourd’hui. Dans l’avion, je retrouve le cousin de JB : Alexis. Trois films, deux repas, cinq Pepsi plus tard nous sommes à Bombay.
Bien que ce soit mon deuxième séjour, je ressens toujours le même sentiment sur le trajet de l'aéroport. Cette impression de rentrer dans un autre monde est toujours là. Tout d’abord cette moiteur de l’air, saturé de gaz d’échappements puis ce fond sonore de bruits de klaxons. Des milliers de gens sont agglutinés sur des trottoirs délabrés, envahi de détritus et toujours ce sentiment récurant d’être au cœur d’une gigantesque fourmilière.
On croise un bus renversé sur le bas coté, tout est normal, personne ne semble y prêter attention. Nous arrivons à l’appartement, il est minuit, Thomas, JB et David dorment déjà.

Jeudi 2 septembre
Je sors progressivement de ma torpeur matinal. Le vent s’engouffre violemment dans les interstices des fenêtres. Ma première envie est d’ouvrir les rideaux afin de contempler la vue du haut des dix-huit étages de l’appartement. C’est fascinant. La baie est toujours là, la mosquée d’Adji Hali est au milieu de l’eau, relié par une passerelle où s’entasse des mendiants, des estropiés et des vendeurs de poissons. Au loin, toujours de hauts immeubles délabrés et au pied du notre le même grouillement incessant de population et d’automobiles.
Vers 15 h on est allé à la Gateway of India (sorte d'arc de triomphe Indien), de là on a visité à pied le centre ville en passant à coté de 10 000 petites échoppes où le touriste est traqué et où la couleur de peau peut entraîner une inflation des prix de 300 %.
Notre errance a continué jusqu’à Crawford market qui est le plus grand marché couvert de Bombay. Dans une crasse innommable (il va falloir s’y faire), on est passé sans transition du marché aux bestiaux à celui des épices. Après avoir trouvé un taxi, David nous a montré un superbe temple Hindou qu’on a visité respectueusement après avoir ôté nos chaussures bien entendu.
Le soir on s’est regardé le film "Gandhi" pendant 3 h. C'est probablement la personne du 20 ème siècle qui impose le plus le respect. Comme disait le dernier gouverneur des Indes, Lord Mont Batten : "Gandhi restera dans l’histoire au même titre que Jésus, Mahomet ou Bouddha ".

Vendredi 3 septembre
J’ai mal dormi, le bruit des travaux toute la nuit dans la rue, des klaxons et du vent m’en ont empêché. C’est "Govinda's day" aujourd’hui, c’est à dire le jour de la naissance du dieu Krishna. Histoire : Petit, Krishna adorait le beurre or ses parents pour l’empêcher d’en manger tout le temps planquaient les pots le plus haut possible hors d’atteinte de leur fils. Krishna pour arriver à ses fins avait trouvé la parade : appeler tous ses potes et former avec eux une pyramide humaine afin de pouvoir les atteindre. C’est pour rappeler cet épisode mémorable de la vie de Krishna que les indiens, font pendant deux jours, des pyramides humaines dans toute l’Inde. Le but est de casser le plus possible de pots suspendus pendant la nuit à des files au-dessus de la chaussée.
En début d’après midi, nous sommes retournés au Balbunat temple où nous avons assisté à la cérémonie. Les tambours battaient et les enfants lançaient des bombes à eau sur la pyramide comme le veut la coutume. Après quatre douloureux écroulements (et vingt-cinq blessés plus tard) le pot de terre perché à six mètres de haut a fini par être brisé sous les applaudissements et les rires du public.
On a continué dans Malabar Hill (petite colline dominant la ville). Dans un parc on a rencontré un dresseur de singes qui nous a fait son show pendant dix minutes. Après avoir visité un temple Sikh, David nous a amené à un grand réservoir où se baignaient des indiens dans une eau riche en urinium, nitronium, nitrate de prostate, acide nitrique et hydrocarbure… bref la Seine en pire (si si, c’est possible). Le réservoir, entouré de plusieurs temples, avait quelque chose de mystique. Un peu à la bourre, on s’est grouillé de se rendre dans le centre de Bombay pour écouter un concert de musique indienne traditionnelle. C’était très répétitif mais plutôt sympa. On a enchaîné sur un resto végétarien à coté (on était les seuls touristes comme d’hab; depuis qu’on est là, on en a croisé que deux). Tout le monde nous regardait amusé par nos airs dubitatif devant nos plats de thalis (assortiments de légumes louches).
Ensuite on a voulu voir un film Indien au ciné d’à coté (Baadshah) mais toutes les places étaient vendues depuis plusieurs heures. On est donc allé dans un bar soit disant Européen (prés de Choppaty beach) qui passait de la vielle musique du style la version techno de Titanic ou l’intégrale des Backstreet Boys.

Samedi 4 septembre
Après le déjeuné on est allé à coté au Nehru center voir une intéressante exposition retraçant l’histoire de l’Inde. Ensuite on a visité le centre commercial d’Adji Hali, bourré de petites échoppes vendant des conneries à deux balles. Thomas et moi avons marché jusqu’à la mosquée au milieu de la baie. Sur le chemin un indien vendait des bébés requins à même le sol.
Le soir on a encore raté le film Baadshah, du coup on s’est rabattu sur un petit bar dans une ruelle toute glauque. On a parlé politique (des élections, des conneries de Chirac …) économie (capitalisme, mondialisation …) et de pas mal d’autres conneries tout en enchaînant les bières. En rentrant, on s’est mis à danser avec des indiens qui faisaient la fête dans la rue sous les yeux ébahis des passants.

Dimanche 5 septembre
Levé aux aurores pour aller aux grottes d’Elephanta. On a pris un bateau à la Gateway of India en face du célèbre hôtel Taj Mahal. La traversée a durée une bonne heure au milieu des hydrocarbures. On a visité la grotte principale où se trouve le fameux Shiva à trois têtes (destructeur, protecteur et conservateur) en suivant les explications d’un guide sympa parlant français. Thomas a halluciné sur les singes et on a tous compris la signification du mot mousson en rentrant au bateau. Le reste de l’après midi a été consacré à préparer nos esprits et nos sacs à dos à trois grosses semaines de voyage. JB et Alexis ont décidé comme moi d‘opter pour la coupe de cheveux du Dalaï Lama ...
Enfin, 19 h, l’heure du grand départ à sonné. C’est le début d’un voyage initiatique au cœur d’un pays fascinant et mystérieux. Loi de l’emmerdement maximum oblige, il y avait le plus gros embouteillage qu'on ait vu de notre vie. On a eu très peur de rater le train pour Aurengabad. Le chauffeur a foncé tant qu’il pouvait en slalomant entre les vaches, les rickshaws et les piétons. On est arrivé pil poil à l’heure, mais manque de bol le train était retardé. Du coût on est allé manger un Mc Maharadjah au Mc Do puis on a scotché 3 h dans la gare Victoria (c’est vraiment une sensation étrange d’être le seul blanc dans une foule de plusieurs milliers d’indiens). Alors qu’on jouait aux cartes Thomas et moi, un Indien est venu nous rejoindre, après nous avoir observé pendant dix minutes, il a compris les règles du jeux et a gagné les trois quarts des parties, on se sentait un peu ridicule. Enfin minuit trente, on monte dans le train couchette. A première vu il n’a pas l’air si pourri même s’il fait du trente à l’heure et si les trois ventillos à coté de ma tête commencent gravement à me casser les nouilles.

Lundi 6 septembre
Bizarrement on a tous bien dormi. En théorie on devait arriver à 4 h du mat, il est 18 h et on n’y est toujours pas. Un Indien m’a expliqué qu’il y a eu un accident sur la voie, on a donc pris un itinéraire complètement différent. Finalement on a mis 20 h pour arriver à Aurangabad, mais au moins on a eu le temps de sympathiser avec pas mal d’Indiens. On a trouvé sans trop de mal un hôtel pour six francs la nuit. Evidement c’est chiotte turque, eau froide, lits pourris, moustocs, lézards et murs qui s’écroulent.

Mardi 7 septembre
Après une nuit de lutte contre les moustiques sur un vieux matelas pourri (lavé une fois par an pour la fête de Vichnou) on est parti pour les grottes d’Ellora. On a pu voir une trentaine de grottes ; des Bouddhistes, des Hindouistes et des Jaïns. Il y avait également le plus grand monument monolithique du monde (classé patrimoine mondial par l’UNESCO). Ce temple gigantesque a été creusé dans la montagne il y a environ deux mille ans, c’était à couper le souffle. En continuant à marcher sur un petit chemin à flanc de colline, on a trouvé d’autres grottes impressionnantes dont certaines étaient bien paumées prés d’une cascade dans un décor à la Indiana Jones.
De retour à Aurengabad on bien mangé dans un excellent resto. Menu : poulet masala, cheese naan, rice byriani, pepsi, bières etc. C’est très bon leur bouffe mais je supporte mal les épices, mon estomac aussi (surtout mon estomac d’ailleurs). A l’hôtel notre ami le lézard avait disparu d’à coté de l’ampoule du plafond, il a dû se faire bouffer par un rat…

Mercredi 8 septembre
On a quitté Aurengabad pour Ajanta. Sur place, on a visité en avance rapide des grottes tapissées de fresques murales vielles de deux mille ans. En attendant le bus on s’est fait racketter de toute part par des vendeurs de conneries à deux roupies. Etant en école de commerce cette épisode m’a donné envie d’analyser la stratégie de vente du commerçant indien.
Le commerçant se trouve toujours à environ 50 mètres avant son magasin à l’affût du touriste. Commence alors la première phase.

Phase 1 : créer un lien
Le fourbe commerçant s’approche et dit «hello Sir » pour attirer ton attention. Ensuite il te serre la main, car c’est toujours plus difficile de mettre un vent à quelqu'un qui veut te serrer la main. De plus, ce geste prouve qu’il fait un effort pour se mettre à ton niveau car les Indiens entre eux ne se serrent pas la main, c’est un geste typiquement Occidental. Le contact est donc établi, il se présente et vient alors la question préliminaire «what’s your name ? » très fort car on réagit toujours à l’appel de son nom, c’est un réflexe conditionné. Ca lui servira plus tard pour que tu te retournes quand il voudra te montrer un truc à te vendre. Autres questions qui viennent juste après : « where do you come from ? » (une fois répondu France il essayera de baragouiner le plus possible en français). « Es tu marié ? », « toi faire quoi dans la vie ? ». Ca y est les présentations sont faites, le fourbe vendeur peut passer à la phase 2.

Phase 2 : « cirage de pompe »
Il dit alors «oh mais toi français, j’adore les Français, champion du monde, Zinédine Zidane, tour Eiffel, Jacques Chirac … »

Phase 3 : trouver des similitudes
Ca donne ça : « Oh ! tu es étudiant en école de commerce mais moi aussi quelle coïncidence » ou encore «tu vis à Paris mais je connais Paris ma copine y habite (ou j’y vends des conneries chaques années dans le 15 me) » etc.

Phase 4 : Etablir la confiance
Ca fait à peine plus de 5 minutes qu’il te parle et là, il te dit quelque chose du genre «tu sais que t’es un frère pour moi ? ». Il te resserre la main puis donne sa carte de visite (quand il est assez riche pour en avoir ; ça prouve alors qu’il a déjà arnaquer plusieurs générations de touristes avant toi). Pour rester en contacte il te donne aussi son numéro de téléphone, son adresse, son adresse e-mail, son fax, son numéro de Tatoo (non quand même pas). Viens alors la stratégie du cadeau. Il te donne un cadeau à 2 roupies (un caillou ou un bout de plastique) afin que tu lui sois reconnaissant et surtout redevable.

Phase 5 : Passage à l’acte
« Ah ! au fait, je tiens un magasin de conneries à 2 mètres, tu viens regarder, non toi pas acheter, juste regarder parce que toi ami et toi étudiant comme moi donc toi pas beaucoup d’argent »

Phase 6 : Arnaque total
Le but du vendeur est alors de scotcher le touriste le plus longtemps possible car le temps joue toujours en faveur du vendeur. Pour ça : tactique du thé. En effet, servi toujours très chaud il est donc long à boire ; de plus cela augmente encore le sentiment d’être redevable. Le commerçant débite alors le plus d’explications possibles tout en rassurant «non toi juste regarder mais, tapis 100 % poil de Yack et pour seulement 900 roupies ».

Phase 7 : renforcer la raison d’achat
« Toi ami, donc juste 700 roupies, moi pas faire de bénéfice et en plus moi avoir cinq enfants, deux femmes et un poisson rouge ». Là en général tu te fais arnaquer tes 700 roupies en achetant un truc qui n’en vaut pas plus de 5.

Phase 8 : « tu crois que c‘est fini »
« OK toi avoir acheté mais juste regarder statuette de Civa en plus j’ai déjà arna… heu ! vendu la même à ton pote. Non toi pas partir juste look très belle pierre de cailloux seulement 800 roupies ». Là ça recommence à la phase 6 jusqu’à ce que tu partes en courant.

Phase 9 : A poil !
«OK toi fini acheter, mais toi peu encore échanger : ton t-shirt, tes pompes et ton jean (authentique) contre beau tapis fait à la main (par des petits n’enfants exploités 20 h par jour dans ma cave) »

Conclusion :
En générale le touriste qui se laisse faire se fait gratter 2 000 roupies et repart à poil avec 10 kg de cailloux ou conneries diverse. Solution ne pas accepter le thé et donner un cadeau en échange d’un cadeau afin de ne rien avoir à redevoir (recycler les cadeaux au bout d’un certain temps). De plus ne jamais faire confiance à une personne qui vous aborde dans la rue et apprendre à courir très vite. Enfin pour finir, se répéter que la devise du fourbe commerçant indien est : Il ne faut pas prendre les touristes pour des cons mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont.
Le soir à Jalgaon, on a enfin réussi à voir un film indien au ciné : Taal, le carton du moment. Ca a durée 3 h et c’était pas super passionant. L’histoire : un gentil très gentil et très riche tombe amoureux d’une gentille très belle (même vraiment une bombe pour être franc). Au début tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, le gentil tout niais séduit la bombe qui fini même (et c’est la scène la plus torride du film) par partager un Coca Cola avec lui. Le tout étant rythmé de chants et chorégraphies relativement sympathique. Ils pensent donc se marier (au bout d’une heure trente quand même) mais là, la boulette : le père de la bombe fout une énorme baffe au père du gentil pour une raison indéterminée (désolé mais je ne maîtrise pas encore parfaitement l’Indi). Conséquences : tout foire et l’honneur des deux familles est bafoué.
Miss Monde décide alors de devenir chanteuse et trouve un producteur (ayant la tête de Kaled en plus niais) qui la propulse au firmament de la célébrité (comme quoi le physique ça compte quand même plus que le talent). Elle doit alors ce marier avec lui alors qu’elle aime toujours en secret le beau gosse blindé de tune qui fume de partout à l’idée d’avoir laissé passer la bombe de la décennie. Enfin après une scène chiante au possible (qui dure bien vingt minutes) Kaled fini par lâcher l’affaire (pas compris pourquoi) et laisse Miss Monde libre de se jeter dans les bras du gentil tout niais. Bref un grand moment de cinéma (et dire que ce film a bien dû faire 300 millions d’entrées, plus que Titanic en Europe).

Jeudi 9 septembre
Huit heure. C’est reparti pour 20 h de train si tout va bien jusqu’à Udaïpur notre première étape du Rajastan. On a passé 10 h jusqu’à Amadabad. Après avoir mangé comme des Américains on a repris le train pour Udaïpur. Il y avait des cafards de deux mètres de long dans le couloir. On a fini par s’endormir sur de vieilles couchettes pleines de miettes.

Vendredi 10 septembre
Arrivé 8 h du mat (dur). Pour quarante balles on a trouvé un hôtel avec une piscine dans laquelle on s’est précipité en arrivant (après 20 h de train c’était grandiose). Udaïpur : citée aux rues étroites et vivantes ayant servi de décor au James Bond « Octopussy ». Un site dément avec de hautes collines qui enserrent deux lacs et des palais baroques marrants. En début d’après midi, on est allé au Jagdish temple, très beau temple surplombant le lac. Après un long passage chez un marchant de tapis, on a visité le City Palace. Anecdote : un ancien maharadjah du coin follement épris d’une demoiselle envisage de l’épouser. Problème : le maharadjah d’à coté aussi. Conséquences : ils se sont tapés dessus pendant plusieurs mois (des milliers de morts) et au bout du compte, la belle ne supportant pas ce carnage décida de se suicider.
Le soir on a retrouvé le marchand de tapis puis il nous a déposé dans un bon resto avec vu panoramique sur le lac et la ville. On a voulu commander des bières mais ce n’est pas permis en ce moment à cause des élections. On nous en a quand même servi deux, camouflées dans des tasses de thé, ça faisait un peu louche de boire du thé qui mousse.

Samedi 11 septembre
Visite du palais Monsoon perché tout en haut d’une petite montagne. Je ne sais pas par quel miracle on est arrivé en haut avec le rickshaw (j’ai bien cru qu’on allait devoir le pousser). Le palais, bien qu’à l’abandon et relativement modeste, imposait un grand respect
On a déjeuné au pied de la montagne dans un des pires resto de la galaxie. On s’est aperçu que 99 % de la carte n’était pas disponible. Ils sont en fait allés en ville chercher ce qu’on avait commandé (en plus ils se sont gourés de plats), ça a pris plus de 2 h, c’était pas bon et on a dû manger avec les doigts.
Le soir, pour oublier ça, on a décidé de faire péter la tirelire en allant dîner au Lac Palace Hôtel, un des hôtel les plus beau du monde. C’est un palais construit en marbre blanc sur une île par un maharadjah et d’un style typiquement colonial. On a mangé au buffet à volonté pour sept cent roupies (le prix de deux menus Big Mac et d’un Sunda en France mais pour l‘Inde c’est beaucoup). Alexis nous a offert l’apéro puis on s‘est pris une bonne bouteille de vin français et on a fait péter le cigare cubain à la fin du repas pour digérer. Bref c’était bon d’être là, assis confortablement dehors, avec pour seul bruit le clapotement d’une fontaine et surtout de se sentir être une vielle crevure capitaliste à la World Company. Un moment d’anthologie, beuuuuuuuarg.

Dimanche 12 septembre
On est allé en taxis à la forteresse de Kumbhalag édifié en 1548 et située dans un lieu complètement sauvage. La muraille de douze kilomètres de long découpait très nettement le paysage. Notre chauffeur nous a fait visiter un superbe temple Jaïn qu’on a escaladé. On se croyait vraiment dans Indiana Jones. Le sanctuaire était envahi de centaines de chauves souris affolées par notre présence. JB et moi avons suivi une indienne qui nous a montré un petit temple dédié à Kali, la déesse de la mort (ce sont ses adorateurs qui arrachent des cœurs à main nue dans « Le temple maudit »). Du haut du fort la vue était à couper le souffle. De hautes montagnes escarpées et fortement boisées faisaient face à de petites collines dégarnie et pour une fois pas la moindre trace d’être humain.
De retour à Udaipur, après avoir évité environ cinquante vaches, dix scooters, quatorze camions, quinze chèvres, trois singes et une bonne centaine de piétons, on a chopé un train pour Jodhpur. On s’est retrouvé dans la classe la plus pourrie. Quasiment tout le train était squatté par l’armé. Autour de nous, principalement des militaires armés de gros flingues tout rouillés. A ma droite, les pieds du lieutenant qui dort; dans le couloir squatté par dix personnes j’aperçois un énorme cafard et dieu sais que je déteste ça. J’occupe approximativement une surface de 17 cm ² et n’ose à peine bouger pour ne pas réveiller mon voisin Rambo avec son gros flingue. Thomas est entrain de faire écouter du Fat Boy Slim à un vieux papi qui ,comble du désespoir, vient de se mettre à chanter « right here, right now, right here, right now … » A 3 h du mat, on est arrivé à Malawa notre changement. On était quand même dix-huit dans un compartiment prévu pour six personnes.

Lundi 13 septembre
De 3 à 5 h du mat, on a squatté la gare dans un état semi comateux. Arrivée à 8 h à Jodhpur complètement naze. Du toit de notre hôtel on a une superbe vue sur la ville et sur la forteresse perchée en haut de la colline.
On a roupillé jusqu’à midi avant de visiter la monumentale forteresse. La vue était hallucinante, de là on compris le surnom de Jodhpur : la ville bleu. On a ensuite déambulé dans les ruelles animées et colorées du centre ville. On est resté plus d’une heure dans un magasin d’épices tenu par un commerçant génial surnommé Spice Man. On a réalisé progressivement que ce type est une star dans son domaine. Il vend ses épices à travers le monde via internet et ses affaires marchent au mieux (vive le e-commerce).

Mardi 14 septembre
Trois heure du mat, panne d’électricité, 300° dans la chambre, impossible de dormir. Je suis allé squatter sur une paillasse dehors avec Alexis le reste de la nuit. Même à cette heure là, la fête de Ganesh battait son plein.
En début d’après midi, on a trouvé un mec qui nous a proposé d’aller visiter un village Vishnoï. On s’est arrêté dans une ferme où des intouchables faisaient de la poterie, on a essayé aussi mais sans grand succès. Ensuite on s’est retrouvé chez notre guide dans un petit village paumé. On a scotché 2 h en attendant le thé au lait (fallait-il le temps d’aller traire la vache ?). Bref, on a fini par bouger pour aller boire une liqueur locale dans une petite hutte typique. On était dix assis en tailleur à l’intérieur; le chef du village du coin qui est soit disant millionnaire (bon en Roupies, mais c’est quand même bien) a préparé une boisson bizaroide avec de l’eau. Comme le veut la tradition on a bu le breuvage dans la main du „gourou“. Bref, on a chopé le train de justesse à 23 h, direction la ville du désert : Jaisalmer; comme d’habitude c’était la lutte dans le train !

Mercredi 15 septembre
Six heure du mat, arrivée en gare de Jaisalmer, il faisait froid, l’air était saturé de poussières. On a trouvé un hôtel sympa dans la forteresse qui donne l’impression d’être un immense château de sable. Notre premier reflex a été de dormir. Vers 10 h, l’envie de voir le paysage du haut de la terrasse a été plus forte que celle de dormir. Le spectacle vallait bien la peine de sacrifier quelques heures de sommeil. Au loin, une sorte de steppe avec tout de même une oasis à quelques kilomètres. Plus proche, encerclant le fort, la superbe petite ville de couleur ocre. Le vent était à décorner une vache sacrée et dans le ciel, toute une faune constituée de buses, d’aigles, de vautours et de corbeaux, tournoyait autour de moi.
Vers 15 h, après avoir bien dormi, bouffé et s’être bien douché, on a fini par bouger de l’hôtel. On a deambulé dans les rues commerçantes à la sortie du fort. Alexis s’est vu proposer un bracelet pour cent roupies, pas intéressé et au bout de dix minutes de harcèlement le prix à chuté de 95 % (ça montre bien à quel point on se fait arnaquer d’habitude).
Peu après on a raté, à quelques minutes prés, l’homme à la moustache la plus longue du monde (1.8 mètres). De là on a visité une havelis (petite maison typique) et continué à marcher dans de magnifiques petites ruelles où on a pu observer la vie au quotidien des indiens. Ca donne : des gamins qui font leurs besoins dans la rue, des cochons qui pataugent dans des tas de détritus, des vieillards édentés entretenant leurs barbes et des petites filles studieuses qui apprennent, sur des cahiers grands carreaux, des mots comme, horse, cow ou elephant.

Jeudi 16 septembre
Levé 7 h30 pour partir en safari pendant deux jours dans le désert. On a pris une Jeep jusqu’à une oasis où on s’est baigné. C’était superbe, l’eau était verte émeraude et bourrée de grenouilles. Il y avait un très beau temple Jaïn en face et un arbre se dressait au milieu de l’eau. On a plongé du haut d’un rempart décoré de divinitées. Au niveau de l’eau, à cause de la crue, on pouvait s’accrocher à de superbes statues d’éléphants qui ornaient la façade du rempart. Ensuite on a visité le temple Jaïn avant de trouver nos deux guides avec les chameaux. Le chameau, ça allait la première heure mais un peu moins les six qui ont suivis. Le paysage était grandiose; la steppe à perte de vue, de jolis oiseaux luttant contre le vent, des carcasses d’animaux morts (comme dans les Lucky Luck) et quelques points d’eau turquoise, reste de la mousson.
A midi, on s’est posé sous un des rares buissons pour manger des patates aux fourmis. Là, on a cru au mirage en voyant arriver un mec sur une mobylette qui a essayé de nous vendre des sodas. Manque de bol pour lui on n’en voulaient pas et il a cassé la moitié de son stock en route. Vers 3 h on a re-chevauché nos valeureuses montures. On est passé dans plusieurs dunes de sable puis à nouveau de la steppe jusqu’à notre lieu de campement situé près de superbes dunes. On s’est précipité d’escalader la plus haute d’entre elles afin d’y admirer le couché de soleil. En attendant, on s’est mis en caleçon pour prendre un bain de sable. Ce jeter du haut d’une dune à moitié à poil c’est un très grand moment dans la vie d’un être humain.
Après avoir contemplé un des plus beau couché de soleil qu’on ai vu de notre vie, on a retrouvé nos guides qui nous avaient concoctés un bon repas végétarien et un thé de folie. Bien repu, on s’est allongé sur le sable pour observer un ciel parsemé d’étoiles. On a commencé par parler de cinéma puis d’économie et 4 h plus tard on philosophait sur la vie après la mort, la place de l’être dans le cosmos et les extraterrestres. Au moment où on commençait à être bien naze, on a réalisé qu’on était envahi par des dizaines de scarabés qui n’hésitaient pas à partager nos couchettes. Ca a vite tourné au cauchemar quand le chameau d’à coté s’est mis à avoir des flatulences. Malgré tout ça on a fini par s’endormir vers trois ou quatre heure du mat.

Vendredi 17 septembre
Nos guides nous ont réveillé trente minutes avant le levé du soleil, qu’on a savouré en buvant un bon thé. Autour de nos couchettes il n‘y avait pas un cm ² de sable sans traces de scarabés, autant dire que la moindre partie de notre anatomie a dû être visité pendant la nuit.
On est remonté sur nos superbes montures à l’assaut d’une nouvelle journée de désert. Jusqu’à 10 h il faisait une bonne température, c’est après qu’on a commencé à carboniser. Le chameau de Thomas s’est cassé la gueule, mais a part ça on était tous vivants pour la pause déjeuné. On a scotché 3 h sous un des rares arbustes en attendant que le soleil veuille bien se calmer un peu. Enfin, on est reparti une dernière fois dans la plénitude amnésique du désert (c’est beau ce que je dis…).
On a retrouvé notre Jeep vers 19 h, dis au revoir à nos guides et vingt minutes plus tard on était de retour à notre hôtel heureux mais crevé et crade. Après une douche qu‘on a rarement autant appréciée, on s’est fait une bonne bouffe en haut du fort, on a sympathisé avec des Israéliens (un touriste sur deux dans se pays est Israélien). Vers 21 h30 on a pris ce que le patron de notre hôtel à osé qualifier de «bus de luxe » ,direction Bikaner. On n’a jamais autant souffert de notre vie dans un bus, je ne développerais pas...

Samedi 18 septembre
Bikaner, 5 h du mat. Complètement dans le pâté on trouve un taxi afin d’aller voir un temple Jaïn célèbre pour être infesté de rats. Marcher en chaussettes au milieu des rats et les entendre couiner à chaque pas, c’est assez spécial comme expérience. Peu après on a loué une Jeep pour tracer vers Jaïpur en s’arrêtant sur la route dans la région du Chek Awati. C’était encore tuant pour changer.
Les rues de Jaïpur sont celles de Bombay en pire car la circulation se fait dans tout les sens et il y a beaucoup plus d’animaux. Composition de la faune présentent sur la chaussée : 30 % de vélo, 20 % de rickshaw, 15 % de rickshaw à vélo, 10 % de voitures, 10 % de piétons, 5 % de vaches et 10 % de porcs, chèvres, singes, chameaux et bestioles diverses. On a réussi à se trouver une suite royale dans un pur hôtel pour soixante francs la nuit. On a tous une chambre plus un petit salon et une salle de bain (eau chaude) sans oublier la piscine juste à coté.

Dimanche 19 septembre
Enfin on a bien dormi dans des draps propres. Dans la journée on a vu le City Palace (collection d’armes hallucinantes), l’observatoire et le fameux palais des vents. On a enfin vu des charmeurs de Cobra. Avant de rentrer on a erré à l’affût de bonnes affaires. On a appris que 80 % de la ville vie du commerce des pierres.
Prés de l’hôtel on a retrouvé notre chauffeur de rickshaw qui nous a invité à prendre un thé. Il nous a parlé, entre autres, de ses frasques sexuelles avec des touristes allemandes et de la naïveté des touristes Japonais.
En rentrant du resto le soir on a pris un rickshaw à vélo, on était pas trop d’accord de se faire tracter par un mec tout maigre de soixante ans alors on a décidé de se relayer sur le vélo. Le gas nous racontait qu’il travail 20 h par jour et que tout les matins à 6 h, il transporte une quinzaine d’écoliers (il y a vraiment des galériens sur terre).

Lundi 20 septembre
Journée shopping. On a passé 2 h dans un magasin de pierres « Vishnou Gems ». Le commerçant nous a littéralement hypnotisé tellement il était captivant et calé sur son sujet. Pierre typique de l’Inde : « Indian Star ». Trois caractéristiques: 1. On la trouve uniquement en Inde, 2. la lumière passant à travers se divise en une étoile à six branches, 3. les six branches représentent les six shakra principaux du corps humain. Porter cette pierre permet de « les optimisés ».
Le soir, avant de retourner au ciné, Alexis et moi avons pris le risque d‘essayer la fameuse feuille de bétel (feuille de je ne sais quoi rempli d’une sauce louche) que les indiens passent leurs temps à mâchouiller, j’ai failli gerber. Le film qu’on a vu, Baatcha était plus chiant que Taal (c’est difficile à imaginer quand on sait que Taal c’était aussi passionnant qu’un reportage sur la vie sexuelle des huîtres en Laponie Occidentale). La première demi heure était quand même terrible mais les cinq demi heures suivantes étaient d’un chiant rarement égalé. L’histoire se résume en cinq mots « parodie pathétique de James Bond ».

Mardi 21 septembre
Dernière glande dans la piscine avant de retourner faire quelques courses. Un vendeur de pierres nous a proposé jusqu’à vingt cinq mille francs chacun pour qu’on rapporte illégalement des pierres en France. Les pierres à l’export sont taxés à 200 %, ce qui explique l’intérêt de ce ... trafique n’ayons pas peur des mots. Je tiens à rappeler que ceci est complètement illégal et peut vous valoir de gros problèmes à la douane.
A 10 h, on a chopé un bus pour Sariska, une réserve naturelle. On a mis six heures au lieu des trois théoriques. Pendant la dernière moitié du trajet on a squatté sur le toit avec un indien qui est guide dans la réserve où on va. Il nous a proposé de dormir chez lui le soir. On a passé trois heures dans un embouteillage de fou (pire que le périphérique en retour de week-end). L’air était suffocant, totalement irrespirable. Heureusement une fois entrés dans la réserve ça allait beaucoup mieux, à part qu’il fallait faire attention à ne pas se manger de branches d’arbres dans la face et qu‘il faisait aussi chaud que dans un congélateur.

Mercredi 22 septembre
Thé et c’est parti pour une matinée de marche à pied à la recherche d’un tigre. On a marché jusqu’à une rivière pleines de poissons (j’avais l’impression d’être dans Tomb Raider 3). Là il y avait quelques paysans indiens et une vielle maison à l’abandon. On a vu un gros lézard (un varan je crois). Au dessus de nos têtes deux énormes ruches pendaient accrochées à des branches de baobab et des singes tournaient autour de nous l’air inquisiteur. De nombreux bruits d’oiseaux et d’insectes résonnaient dans la vallée.
Notre guide nous a conduit en amont de la rivière traquant sur le sol des empreintes de tigres. On s’est alors posé après dix minutes de marche prés d’une petite tour d’observation fermée à clef (dommage). Je ressentais un sentiment mélangé de peur et d’excitation; j’avais très envie de voir un tigre mais l’idée que celui-ci puisse surgir de n’importe quels buissons autour de nous me refroidissait un peu d’autant plus que notre guide n’était pas armé. Soudain l’excitation a fait clairement place à la peur lorsque à la suite d’un rugissement notre guide nous a dit de détaler le plus vite possible en direction de la rivière. Ce rugissement provenait selon lui d’une tigresse qui devait se situer à environ cinquante mètres de nous. Il nous a raconté qu’une fois il est resté plus de dix heures dans un arbre en attendant que le tigre en dessous veuille bien aller voir ailleurs. On est donc redescendu vers la rivière en courant, puis on s‘est planqué en espérant voir la tigresse s’abreuver; sans succès.
Une fois l’adrénaline redescendu, on est retourné sur la route principale. Pour aller déjeuner au village le plus proche on a fait du stop, on aurait dû appeler le Guinness Book des records car on a quand même tenu à vingt cinq dans une Jeep. Après un frugale repas et une sieste bien méritée, on est reparti avec notre guide tel Indiana Jones ou Lara Croft dans la jungle hostile et sauvage (calme toi Julien). Non, en fait on est parti comme des touristes en short, bien à l’abri dans une Jeep. On a tout vu : antilopes, daims, sangliers, chacals, singes, oiseaux, cobra, termites, fourmis, moustiques et paramécies ; bref tout sauf l’animal qu’on voulait le plus voir, c’est à dire un tigre (pour info, la population de tigre en Inde ne dépasse pas les 200 individus à cause du braconnage). Le soir on a dîner typiquement indien chez un ami de notre guide. On a mangé des chapatis, des œufs au curry et du riz sur le toit de la maison; un grand moment de convivialité.

Jeudi 23 septembre
Six heure du mat, les portes battantes du dortoir n’arrêtent pas de claquer, des singes voleurs de sacs hésitent à rentrer. Agacé par tant de vacarme je me lève brusquement à moitié dans le brouillard pour les dégager énergiquement, évidemment après je n’arrivais plus à me rendormir. A 10 h on prend un premier bus pour Allwar, on était trente sur le toit (ça devient banal).
De Allwar, on a repris un bus direction Agra ville du célèbre Taj Mahal. La route était plus que pourrie. On faisait des bonds de trente centimètre dans le bus, par moment on était à deux doigts de percuter le plafond. Agra : première destination touristique du pays (le Disney Land de l’Inde) donc le meilleur endroit pour se faire arnaquer. On est allé au Taj Mahal dès notre arrivée. Malgré la présence de tout les beaufs en short de la terre, ce tombeau de marbre blanc dédié à l’amour imposait un immense respect. Le couché de soleil rendait le lieu encore plus mystique et fascinant.
Le soir, fatigué des poulets tandori, masala, tika, byriani etc, on a décidé de dîner dans un refuge pour touristes : Pizza Hut, c’est marrant de constater que dans ce pays des restos comme Pizza Hut où Mc Do sont fréquentés exclusivement par les classes sociales les plus aisées alors qu'en Occident c'est plutôt le contraire. Là je suis entrain d’écrire sur mon lit et en regardant notre chambre d’hôtel je réalise qu’il me faut dire un petit mot sur ce lieu charmant. Chiottes turque (un grand classique) douche froide (classique aussi) murs et draps dégeux (comme d’hab), ventillos fonctionnant au rythme des coupures de courants, lavabo sans canalisation (l'écoulement se fait directement sur vos pieds), et sans oublier nos deux potes lézards scotchés à l’ampoule électrique. Bref, une chambre d’hôtel comme on en rêve.

Vendredi 24 septembre
On a décidé d’aller visiter Fatehpur Sikri, ancienne capitale Moghol de l’empereur Akbar. La porte principale est la plus haute d’Asie. Sur place on a trouvé un guide excellent, croisement entre Gandhi et le père Fourra. On a appris que l’empereur Akbar avait trois femmes et environ huit cent maîtresses (après un rapide calcul et à raison d’une maîtresse différente tous les soirs, il devait attendre à peu près 2 ans et demi pour se retaper la même … impressionnant!). On a pu voir son lit de 25 m ² (tu m’étonnes !) ainsi que les différents lieux de loisirs auxquels il s’adonnait (marelle, cola maillar… bref un sacré intellectuel). Notre guide au sourire édenté nous posait régulièrement des questions à la Fort Boyard comme « quel est le cinquième éléments pour les Hindous », tic tac tic tac tic tac tic tac, aucune idée ?, non c’est pas Milla Jovovich (réponse : l’âme). Après la visite il restait une certitude : Akbar est le plus grand "romantique" de l’histoire de l’humanité, loin devant Casanova, Kennedy et Bill Clinton réunis.
De retour à Agra on s’est séparé en deux groupes. Thomas et moi allons vers Delhi et JB et Alexis vont directement à Bénares. On se retrouve donc tout les quatres là bas dans trois jours. Arrivé à Delhi, on a voulu réserver tout de suite notre billet pour Bénares. Dans la première agence l’électricité sautait toute les dix secondes et il faisait 3 000 °. Les seules places restantes, étaient en première classe à trois mille deux cent roupies (environ cinq cent francs). On a donc lâché l’affaire et fait toutes les agences d’à coté. A la quatrième on a demandé en rigolant si il n’y avait pas par hasard un « bakchich quota » (traduisible en français par quota de corruption) et le mec nous a répondu oui d’un ton tout naturel. Il nous a proposé le billet à six cent roupies au lieu de mille dans l’agence d’à coté. On a voulu baisser encore le prix mais il nous a dit qu’ayant tout de même quatre mecs à corrompre, ça n’allait pas être possible.

Samedi 25 septembre
Pour la première fois de notre vie, on s’est retrouvé dans un véritable embouteillage de piétons (on a fait dix mètres en quinze minutes). Première visite : le fort rouge, sympa sans plus, puis errance dans les bazars Musulmans d’à coté jusqu’à la plus grande mosquée d’Asie, qu’on a visitée.
Le reste de l’après-midi a été consacré au shopping. On a pris un casse croûte au Mc Do, ça a beau être de la nourriture dégeux pour gros porcs américains, c’est quand même bon et ça change du poulet masala. On a rencontré deux suédoises sympa qui étaient en Inde depuis un jour et qui traumatisées par le pays, voulaient déjà rentrer chez elles. Le soir, on a fait marcher la concurrence comme des fous pour trouver un hôtel le moins chère possible (10 balles par personnes, on aurait pu faire mieux). Sur internet on a lu que la France est qualifiée pour la finale de la coupe Davis, cocorico…

Dimanche 26 septembre
Thé dans la rue en guise de petit déjeuné. A 1 h on avait rendez-vous pour déjeuner chez des indiens amis d’amis de l’oncle de Thomas. Ils ont un appart dans une banlieue chic de Delhi. On a parlé pendant deux heure avec le chef de famille, un homme bedonnant, la cinquantaine, d’allure plutôt sympathique et étant déjà venu en France plusieurs fois. Extraits (sans commentaires) : « les deux plus grands problèmes dans le monde sont les Etats-Unis et les Musulmans » … « le plus gros problème en France est l’immigration et le fait que des gens gagnent parfois plus d’argent sans travailler grâce aux aides sociales » … « vous voyez cet enfant qui vous a ouvert la porte, il travail 8 h par jour chez nous, pour un Européen ça peu paraître choquant mais pour lui c’est la chance de vivre décemment et d’avoir quelque chose à manger tous les jours » … « … que le Pakistan et l’Inde rentrent dans un conflit nucléaire, ce serait une bonne chose, au moins on en finirait et l’Inde serait sur de gagner ». Il me faut rappeler qu’une bombe atomique qui exploserait au Pakistan ferait plus de mort en Inde.
Le repas végétarien était succulant et organisé de façon très représentative de la place de la femme dans la société indienne; les hommes commencent à manger et seulement une fois qu’ils ont fini, les femmes sont admises à faire de même. Vers 3 h on a fait un dernier tour dans Delhi. On a visité le musée Gandhi et vu l’endroit exact où il s’est fait assassiner en janvier 1948. Une dernière visite d’un quartier Musulman. On a pu voir une boucherie typique où de la viande était, comme partout, étalée sur le sol, pleine de mouches et d‘insectes en tout genre. On a pris le train à 20 h pour Bénares après un dernier Veg Burger au Mc Do.

Lundi 27 septembre
« Aucun microbe qui se respecte ne serait vivre dans cette eau là » (M Twain). Le Gange, c’est une baignoire à ciel ouvert, le problème c’est qu’elle sert aussi d’égout, de déversoir à usines chimique et de cimetière à plusieurs dizaines de millions d’indiens. La légende veut qu’il soit sortit de l’orteil de Civa. Tout indien qui veut aller au Nirvana doit avoir ses cendres jetées dans le Gange. On a déambulé comme des fous dans de petites ruelles étroites et animées, guidé par des gamins (dont un prétendait connaître Catherine Deneuve) à la recherche de notre hôtel. Dans les ruelles, l’odeur oscillait entre Chamel 5 et Fleur d’Anus de Jean Peste. Notre hôtel a vue sur le Gange, et c’est impressionnant. En largeur c’est probablement dix à vingt fois la Seine et c’est aussi dix à vingt fois plus pollué (je sais que c’est difficile à imaginer).
Après s’être un peu reposé on a erré dans un labyrinthe de ruelles. On s’est arrêté à plusieurs ghat (endroit où l’on a accès sur le Gange) afin d’observer les indiens faire leurs ablutions dans une eau où je n’oserais pas mettre un orteil. Certain se brossait les dents avec une sorte de boue, d’autres se lavaient ou encore nettoyaient leur linge. On a suivi un indien qui nous a montré le crématorium dont il s’occupe.
Voir des corps brûler devant soi, c’est une expérience assez traumatisante. On se sentait un peu mal à l’aise. Un corps de femme était déposé sur un bûché, sa tête sous un voile s’est enflammé comme une torche, un type à coté saupoudrait le corps d’épices et de fleurs pour éviter les mauvaises odeurs. Le gas nous a expliqué que certains indiens n’ayant pas assez d’argent pour se faire complètement incinérer, se font incinérer à moitié, le tout étant après jeté dans le Gange. Le gouvernement Indien aurait fait déverser plusieurs camions de tortues afin qu’elles dévorent les cadavres; problème: les indiens en ont bouffés un grand nombre. Trois raisons à l’incinération : 1. C’est dans la tradition Hindouiste. 2. Ca permet à l’âme de quitter rapidement le corps et donc de ne pas stagner dans le cadavre en décomposition. 3. C’est une question d’hygiène.
Bénares plus qu’ailleurs est la ville des vaches et des dealers d’herbes. Tout les dix mètres on croise soit l’un soit l’autre ou les deux. Le soir on a retrouvé Alexis et JB. Alexis s’est fait chourrer sa veste dans le train, dedans il y avait quand même 8 000 roupies, son couteau, son appareil photo et tout ses papiers. On a lu dans le Routard qu’un vole sur deux dans les trains se passe sur le trajet Agra–Bénares (cher lecteur si tu pars un jour en Inde retiens bien ça).

Mardi 28 septembre
Cinq heure trente du mat. On trouve une barque sur le ghat à coté de l’hôtel, afin d’observer la grande toilette des Indiens à l’aube. Le soleil illumine progressivement les ghats déjà bourrés de monde. Dans l’eau boueuse on pouvait par moment apercevoir des bouts de corps humains et des détritus ménagés en tout genre flottant à la surface. De temps en temps on discernait les fumées de crématoriums où des gens brûlent en continu 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Malgré ce tableau peut ragoûtant, il se dégageait de tout ça une impression de sainteté, de sacré, comme si la religion émanait de toute part.
De retour à l’hôtel, on a terminé notre nuit jusqu’à 13 h. L’après-midi a été consacrée au shopping et à la découverte de la ville (on n’a pas arrêté de se paumer). Le soir on a pris un bon thé sur le balcon de l’hôtel, on était bien détendu, le Gange coulait à nos pieds, dedans se reflétait une lune rouge pourpre. Notre train avait du retard pour changer, on a donc scotché dans la gare jusqu’à une heure du mat. Prochaine destination : Satna.

Mercredi 29 septembre
A Satna on a quitté Alexis qui doit rentrer tout de suite à Bombay régulariser sa situation au consulat étant donné qu’il n’a plus de passeport. JB, Thomas et moi avons pris un bus pour la ville de Khajuraho, célèbre pour ses temples ornés de statues érotiques. Quelques mots sur le trajet. Pas de route digne de ce nom; on a donc passé 4 h sur un trampoline, le siège de devant moi s’enfonce dans le planché qui laisse entre apercevoir la chaussée à de nombreux endroits. Sans oublier les banquettes qui sont pour la plus part défoncées. Vers la fin du trajet le moteur du bus tombait en panne régulièrement toute les cinq ou six minutes. On est arrivé un peu avant le couché du soleil, on s’est donc précipité pour contempler les fameux temples. Ce sont les temples les mieux conservés qu’on ait vu. Toute les sculptures étaient quasiment intactes. On a donc beaucoup appris sur le kamasutra bien que les statues érotiques ne représentaient que 5 % de l’ensemble. La luminosité était hallucinante et le couché de soleil rendait l’endroit encore plus magique. On s’est couché après avoir mangé les plus mauvaises pâtes carbonara du monde.

Jeudi 30 septembre
Bus pour Jansi (pas besoin de préciser qu’on a souffert). Là on est à la gare de Jansi et ça fait déjà plus de 9 h qu’on attend le train pour Bombay. On s’occupe comme on peut en jouant aux cartes ou en chantant des chansons de Renaud. Après 10 h de glande dans la gare on est parti pour au moins le double dans le train, c’est trop scotchant. J’ai terminé mon premier bouquin sur le Bouddhisme et j’ai presque fini le deuxième Les chemins de la félicité écrit par mon maître spirituelle le grand Dalaï Lama. Arrivant à la fin de notre périple et n’ayant pas grand chose d’autre à faire que d’écrire, il est temps pour moi de faire un petit bilan.
Bilan en quelques chiffres
- environ 120 heures de passées dans les trains
- 40 heures dans les bus
- 2 pneus crevés
- 12 heures de chameaux
- 24 heures de rickshaw
- 20 poulets masala mangés par personne
- environ 100 Pepsi et 80 indian tee bu par personne
- environ 600 « just have a look» et « what’s your name » d’entendus
- 3,5 mg de nitrates de plutonium inhalé par poumon
- 300 points karmiques de perdus (réincarnation en brocolis à envisager ?)
- 1 200 000 000 de bactéries avalées (autant de gerbées ?)
- 1 conversion au Bouddhisme, la mienne (peut être pas quand même)
- et des milliers d'excellents souvenirs à raconter à nos petits enfants au coin du feu, les longues soirées d'hiver Quelques records
- 25 personnes dans une Jeep
- 18 dans un wagon de train prévu pour six
- 6 F une nuit d’hôtel
- 90 dans un bus (enfin dans et sur)
- 24 heures dans un train
- 16 heures de retard en train
- 1 douche en 3 jours
- pollution niveau 78
- 28 jours de mal de bide

Vendredi 1 octobre
La galère dans le train continue ... On a fini par arriver dans la banlieue de Bombay (environ 24 h de train tout de même). De là on a pris le « R.E.R. » pour Bombay Victoria Station. On a retrouvé Alexis en forme.

Samedi 2 octobre
Vers 18 h, Thomas et JB ont pris leur taxi avec regrets pour la grisaille parisienne. Il ne reste plus qu’Alexis et moi. Après s’être regardé « la chèvre » sur TV5, on s’est fait un bon resto typique. Menu : Lassi sucré, poulet tandoori et naan au fromage. On a cru rêver en voyant du bœuf sur la carte mais vu la tête de leurs boucheries on a préféré ne pas risquer notre vie à quelques heures du retour en France.

Dimanche 3 octobre
Alexis est parti à 4 h30 du matin. Pour tuer le temps, je suis reparti un peu nostalgique faire un dernier tour dans les rues commerçantes qui mènent à la gare Victoria. Avant de partir à l’aéroport je suis allé voir une dernière fois le coucher de soleil au bout de Marine Drive. Je me pose sur un des brises vagues en béton qui parsèment le bout de la plage et attend patiemment. Ca y est, le soleil viens juste de se coucher, il est 19 h30, je me lève avec difficultés. Les vacances s’achèvent maintenant.

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