Carnet

Canada

Carnet de voyage au Canada
Montréal en 2001 par Julien
Samedi 8 septembre 2001
Me voila en vacance et je me dirige désormais vers le pays de Céline Dion, des castors hermaphrodites à poil gris et du sirop d'érable : le Canada.
Là, je scotche en transit à Philadelphie. A la douane j'ai eu le droit à une fouille complète, le policier à même ouvert mon journal de bord, je dois avoir une tête de terroriste international.
Bon, je finis enfin par arriver à Montréal à 6 h du soir en heure locale. La sortie de l'aéroport est un choc, je m'attendais à être confronté au froid légendaire de Montréal et en fait j'ai eu la même impression qu'en sortant de l'aéroport de Houston, une forte chaleur et un taux d'humidité avoisinant les 80 %.
Je prend l'aérobus pour le centre ville, cet habituel sentiment d'euphorie m'envahie à nouveau, comme à chaque fois que j'arrive dans un nouveau pays.
J'arrive au terminus où Stephen m'attend. Arrivé chez lui, je dis bonjour à son co locataire Irano Indien Alim et on repart rapidement à la recherche d'un sympathique resto que l'on fini par trouver. J'ai dégusté un excellent hamburger à l'avocat pour mon premier repas dans ce charmant pays.

Dimanche 9 septembre
On est allé se balader au Mont Royal (Montréal étant une déformation de Mont Royal, cher lecteur tu viens d'apprendre quelque chose).
Du haut de cette colline, la vue sur la ville a récompensé nos efforts. On est donc redescendu doucement en passant par le lac aux castors, on n'en a pas vu d'ailleurs, à mon grand regret.
Ensuite on s'est rendu à la place aux Tam Tam, où tout un tas de pseudo hippi fumaient des joints en jouant du tam tam dans une ambiance Woodstockienne.
De retour chez Stephen, on a retrouvé Alim pour aller bouffer avec lui au centre commercial d'à coté. J'ai testé avec un certain goût du risque le plat national Québecois : la poutine. On ne peut pas dire que se soit très original, c'est composé de frites et de fromage le tout baignant dans une sauce super calorifique, bref c'est gras et basic, mais bon je suis en Amérique du nord le continent qui a vu naître le Big Mac, alors il ne faut pas trop leur en demander.
Après ce grand moment gastronomique, on s'est rendu dans le vieux Montréal puis on a marché sur les quais le long du Saint Laurent en quête de découverte et d'authenticité.
C'est bizarre mais je n 'arrive toujours pas à me faire à l'idée que tout le monde parle français et je reste bea devant leur panneau Stop qu'ils appellent des panneaux Arrêt.
De retour à la maison on s'est regardé pour la 12 000 ème fois notre film culte " The Big Lebowski " puis on a retrouvé une copine canadienne de Stephen : Catherine. On est allé voir le génialissime Destin d'Amélie Poulain, preuve vivante que le cinéma français est capable de faire autre chose que des drames psychologique à 2 balles trente qui font chier tout le monde.
Après ce très grand moment de cinéma, on s'est posé dans l'antre du capitalisme, le Mc Do afin de déguster le petit cousin québecois du Mc Deluxe : le Mx Extra.

Lundi 10 septembre
A 11 h j'ai retrouvé Stephen à Mc Gill à la sorti de son cours de physique quantique. On est passé rapidement en salle informatique où j'ai regardé avec intérêt les statistiques de mon site qui sont encourageantes.
Peut après on a erré au hasard des rues et avenues colorés et animées de Montréal jusque dans le coin du Stade Olympique.

Mardi 11 septembre
8h45, un des événements les plus incroyable de l'histoire vient tout juste de se produire.
Je somnole paisiblement dans le canapé du salon un peu irrité par les rayons de soleil qui percent les stores pour m'indiquer qu'il fait déjà jour. Stephen part en cours sur la pointe des pieds et je me dis que rien ne presse, je suis en vacance je peux bien roupiller encore un peu.
9h25, le " sploch sploch " des tongs d'Alim revenant de la douche achève de me réveiller. Je me dis qu'il serait temps que je me lève aussi.
10h05, mes ablutions matinales pratiqués je pars tranquillement me poser au café d'à coté afin de déguster un excellent cappuccino qui me réveille définitivement. Il fait incroyablement beau et chaud, les passants qui défilent devant moi ont l'aire serein …
11h00, je me dirige vers Mc Gill, rien n'indique nul part qu'une des plus grande tragédie de ce début de ce siècle vient juste de se produire à quelques heures de route d'ici.
11h 10, j'écoute mon walkman sur le banc à l'entrée de Mc Gill, Stephen me rejoint d'un pas pressé : " t'as entendu la nouvelle " me lance t-il. " il paraît qu'un avion s'est écrasé sur le World Trade Center ". Ca paraît tellement incroyable que je lui dit interloqué " c'est une blague ?"…
On se précipite vers un poste de télé de l'université où des étudiants atterrés se sont regroupés. Des images surréalistes apparaissent : deux avions de ligne percutent les deux tour du World Trade Center qui s'effondrent dans un nuage de fumée et de débris.
C'est tellement incroyable qu'on a du mal à croire se que l'on voit, on dirait un mauvais films d'action chère à Hollywood. Pourtant s'est bien réel, le symbole de l'Amérique et du capitalisme vient de s'écrouler comme un château de cartes tuant probablement des milliers de personnes. On apprend peut après que le pentagone a également été touché et qu'un autre avion a tenté de s'écraser sur la maison blanche. On peut désormais considérer que le monde est en guerre, on ne sait pas encore contre qui mais un acte pareil ne restera pas impuni.
A 4 h, Stephen est reparti en cours et j'ai erré à la recherche d'un journal. L'ambiance sur le campus était beaucoup plus morose, la totalité des étudiants parlaient de l'évènement. Un étudiant s'est même agenouillé au milieu de la pelouse avec un drapeau américain entre les mains et à prié longuement. Alim, nous a appris plus tard que dans sa classe un étudiant a pété un plomb et a balancé des chaises dans la classe : son père travaillait au World Trade Center.
Le soir on a regardé à la télé le discours très manichéen de Bush qui a utilisé le terme de " croisade contre le mal " et dit qu'il ne ferait pas de différence entre les terroristes et les pays qui les soutiennent. Je crois que l'on peut considérer que le 21 ème siècle à vraiment commencé aujourd'hui … espérons qu'il ne sera pas pire que le précédent.

Mercredi 12 septembre
Mon premier réflexe est d'allumer la télé afin de vérifier si se qu'il s'est passé hier était bien réel. Visiblement oui, toutes les chaînes ne parlent que de ça ; la presse américaine avide de sensationnalisme est servie bien au delà de ses espérances.
Une fois les cours de Stephen terminé, on s'est baladé dans la rue Saint Denis, une des rues les plus fréquentées et pittoresque de Montréal. C'est assez difficile de reprendre une vie normale sans penser toute les 3 secondes à ce qu'il vient de se passer et aux conséquences que ça peut avoir.
On a quand même réussi à joindre au téléphone le frère de Stephen : Mickeal qui vit à New York. Heureusement il n'a pas eu la mauvaise idée d'aller au World Trade Center. Il était sur son campus à Brooklyn à quelques kilomètres de là.

Jeudi 13 septembre
Il fait toujours aussi beau. Il y a quand même une bonne nouvelle dans le désastre de mardi : le producteur des backstreet boys était dans un des avions qui s'est écrasé. Un des backstreet boys a donné son commentaire brillant et lumineux d'intelligence sur ce drame : " it's not cool ".
Le soir pour oublier un peu tout ça on est allé louer avec Catherine une comédie québécoise : Les Boys 2. L'histoire est simple : une bande de pathétiques joueurs Québécois de Hockey amateur se rend à Chamonix pour participer au championnat du monde. Quiproquo culturels, blagues assez grasses et accent québécois constituent le ressort comique du film. Heureusement que Catherine nous a traduit certains passages car sans un doctorat en Québécois c'est difficile de tout comprendre.

Vendredi 14 septembre
Journée de deuil national aux Etats Unis. En ce qui me concerne ça a été une journée shopping et errance dans le centre ville de Montréal.
Le soir on est allé à la pendaison de crémaillère de Elizabeth une française qui vient d'arriver dans ce charmant pays. C'était bien sympa et plein de polytechniciens exubérants déguisés en travlo brésilien ; je ne sais pas si ces types sont l'élite de la France mais en tout cas ils savent se lacher.
On est partit vers 3 h du matin dans une euphorie alcoolisé et on a tout juste eu le temps de préparer nos bagages. En effet à 3 h 45, on s'est rendu à Mc Gill où on a pris le bus avec une 30 ne d'étudiants direction la réserve naturelle du Saguenay.
Ce parc abrite un Fjord, c'est à dire des roches érodés par la glace il y a des millions d'années qui se sont par la suite remplie d'eau.

Samedi 15 septembre
On est arrivé au camp vers 10 h du matin assez extenué par l'interminable conversation des deux psychopathes derrière nous qui n'ont pas arrêté de raconter leurs vie sentimentale pendant toutes la nuit … il y a des baffes qui se perdent.
Du camp on est reparti rapidement vers le Fjord. C'était très beau, une grande baie entourée de rochers escarpés et couvert de feuillage virant à l'orange voir au rouge. C'est le début du fameux été indien chanté par ce pathétique Joe Dassin.
On est donc parti se promener, Stephen, 2 Belges (Marie et Grégore) ainsi qu'un français, Mathieu étudiant en droit de l'espace à Mc Gill (et oui les juristes ont déjà envahi l'espace).
Le parcours était très sympa mais balisé et sécurisé à l'américaine. On a fait de nombreuses petites poses afin de savourer le paysage. Au bout du parcours se dressaient une statue de la vierge d'un esthétisme trouble érigé en 1880 par un colon français. De ce lieu impressionnent, on dominait toute la baie de l'éternité et un des bras du fleuve Saint Laurent.
On apercevait régulièrement de charmants écureuils appelés petit Suisse et qui ne semblaient pas effrayés par notre présence. A quelque mètre de là, j'ai vu avec une certaine émotion la célèbre cabane au Canada tapis aux fond des bois avec des écureuils sur le seuil chanté par un autre pathétique loser dont je ne me rapelle plus le nom.
Puis on a rebroussé chemin et nous sommes rentrés jusqu'au camp en espérant ne pas nous faire bouffer par un ours à poil gris.

Dimanche 16 septembre
Levé au aurore pour faire du kayak sur le fjord. C'était bien sympa, mais il ne fallait pas avoir la mauvaise idée de tomber à l'eau car à une température de 4 ° on ne survit pas plus de 5 minutes.
Après un frugale repas sur la terre ferme nous sommes repartis à travers la foret tels des bûcherons canadien. On a passé une jolie petite plage, une charmante cascade puis on a marché comme des forcenés pour arriver au sommet de la montagne afin d'admirer la vue. Le temps était radieux et les rayons du soleil à travers les branchages rougeoyant rendaient les lieux magique.
Le retour à Montréal fut long est pénible en raison des deux psychopathes qui n'avaient pas perdu leur fougues narrative.

Lundi 17 septembre
On est parti visiter le Bio Dome et la tour de Montréal, plus haut édifice de la ville donc le premier qui risque de se prendre un Boeing 747.
La visite du Bio Dome était intéressante, il y avait différent climats, faunes et flores Américaines représentés ; on a vu de charmants singes, des piranhas et enfin le fameux castor hermaphrodite à poil gris fierté et symbole du Canada.

Mardi 18 septembre
Matinée habituelle. J'erre un peu dans la rue et vais me poser à Olio, un sympathique café où j'écris mes conneries en savourant un cappuccino.
Je retrouve Stephen devant Mc Gill, comme d'hab. Là il est 13h30 et on assiste à un cours de géophysique dispensé par un prof culte de Mc Gill. Il y a quelques années il s'appelait Olivier, aujourd'hui s'est Olivia, son adresse e-mail se termine par @transsexy.geophysic.mcgill.ca. Pour illustrer le cours, les étudiants vont regarder Deep Impact d'ici quelques temps.
En milieu d'après midi on a retrouvé le frère de Stephen : Mickeal qui arrive de New York dans sa Mick's mobile, une poubelle avec 4 roues. Quelques minutes après l'attentat du World Trade Center, il est monté sur un toit d'où il a pris des photos, puis il est allé dans Manhattan près de Wall Street où c'était un peu l'apocalypse, toutes les rues étaient couvertes de cendres et le ciel avait complètement disparu.

Mercredi 19 septembre
On est retourné au Mont Royal admirer une nouvelle fois la vue. Le soir on a dîné dans le meilleur resto du monde : le Maharadja, un resto indien trop pas chère et à volonté. Ca m'a rappelé mon voyage en Inde. Après s'être gavé de poulet tandoori et de naan au fromage, on a retrouvé Catherine et on est allé boire un pot dans Crescent street.

Jeudi 20 septembre
On pensait prendre la Mick's Mobile pour aller visiter un parc dans les environs de Montréal mais vue le temps pourri, digne de Paris, on a laissé tomber et on est allé faire quelques courses. Mick est reparti pour New York en fin d'après midi dans sa poubelle à moteur.

Vendredi 21 septembre
Errance, cappuccino, shopping, repas libanais. Le soir on est allés voir AI (Artificial Intelligence) de Spielberg à partir d'un script de Staneley Kubrick, c'était globalement décevant surtout la fin qui frise le foutage de gueule. Détail intéressant, il y a une scène où l'on voit New York dévasté et à moitié sous les eaux, seul le World Trade Center est debout, comme quoi même dans l'imaginaire américain ce bâtiment symbole de l'Amérique ne peut pas être détruit, la réalité dépasse une fois de plus la fiction.

Samedi 22 septembre
Réveil en sursaut par Manuel et brunch dans un resto sympathique. La télévision Canadienne a relaté une nouvelle boulette de Bush. Lors de son discours au sénat il a remercié une 10 ène de pays pour leurs soutiens aux Etats Unis et il n'a pas cité le Canada. La réaction d'un auditeur de Montréal était assez drôle : " une fois de plus c'est la preuve que les américains en ont rien à foutre de nous, Bush à même remercié les musulmans du Caire pour leurs prières aux victimes, pour lui on est quoi ? … de ridicules chasseurs de castors ? … ".
Le soir on s'est rendu à la pendaison de crémaillère de la copine de Manuel. Son apart, qu'elle partage avec deux co-locatrices chelou, était immense et décoré de façon très artistique et excentrique. Des photos artistico érotiques et des tableaux étonnants (dont un tout vert) tapissaient les murs. La faune des gens présents était constitué par des artistes à l'image des lieux : chelou et excentrique. Avec les heures ils devenaient des artistes bourrés enchaînants des conversations ubuesque dans une effervescence narrative proportionnelle à leur taux d'alcoolémie.

Dimanche 23 septembre
Debout à 5h du matin pour prendre mon avion. J'avais prévu d'arriver 3h à l'avance car la sécurité a été soit disant très renforcé, ce que je n'ai clairement pas constater. Bref je suis arrivé beaucoup trop tôt. J'ai losé 2h devant un café dans le burger king à regarder les avions décoller.
En entrant dans l'avion j'ai mieux compris pourquoi l'industrie aéronautique américaine perd 200 millions de dollars par jours depuis les attentats. Au lieu d'embarquer dans un Boeing 747 on a embarqué dans un petit avion à hélice vide au deux tiers. Visiblement la plus part des gens ont décidés de ne plus prendre l'avion, j'espère qu'ils ont tort …
Je suis arrivé à Pittsburg vers 10h30. Mon avion pour Paris était à 17h00, j'ai décidé d'aller visiter la ville. En entrant dans le bus je n'avais pas de monnaie pour payer le ticket, à mon grand étonnement les quatre passagers du bus se sont cotisés pour me le payer. Je ne suis pas persuadé qu'il me serait arrivé la même chose à Paris.
Je suis descendu du bus non loin du centre ville. J'ai mangé un burger degeux (pléonasme ?) chez Wendy's et je halluciné en réalisant que sur les 20 personnes présentes dans le fast food, 19 étaient obèses.
Une fois calé, j'ai marché jusqu'au centre ville en passant dans un quartier peu rassurant. Je sentais les passants intrigués par ma présence ; des jeunes losaient sur le trottoir en écoutant du rap, des voitures complètement tunées sortaient des rues transversales conduites par des gros black à la Mister T, bref j'étais pas super rassuré.
Une fois dans le centre ville, j'ai été étonné par la beauté de certain bâtiment et par le contraste entre architecture moderne et ancienne.
Quelques heures plus tard j'étais de retour dans ma patrie, championne du monde des grèves et premier producteur mondiale de fromage de chèvre.
Bon, et bien dans 4 jours je dois rendre mon rapport de stage, je crois que les vacances sont vraiment finis …

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